Namkha Rinpoche

Rigdzin Namkha Gyatso Rinpoche (connu également sous le nom de Namkha Rinpoche) naquit en 1967 à Dzachukha, au Kham, une province orientale du Tibet. Reconnu dès son plus jeune âge comme la réincarnation d’un tulku, un grand maître spirituel défunt, il a reçu l’éducation traditionnellement réservée aux personnes de son statut spirituel, ainsi que des enseignements auprès des plus importants lamas (maîtres spirituels) du Tibet du 20e siècle.
Dans la tradition bouddhique vajrayana, la transmission de maître spirituel à disciple, qui ne concerne pas seulement un savoir mais une expérience, est cruciale dans cette voie spirituelle. Namkha Rinpoche est détenteur de deux lignées. La première est celle du Longchen Nyingthig, ou « Essence du cœur de l’immensité », et la seconde est la lignée du Düdjom Tersar ou « Nouveaux Trésors de Düdjom ».

Une lignée de yogis
Durant sa jeunesse au Tibet, il reçut de très nombreux enseignements et initiations de divers grands lamas de toutes les traditions du bouddhisme tibétain. Mais c’est avant tout de son père que Namkha Rinpoche reçut la lignée du Longchen Nyingthig. Celui-ci, nommé Thubten Sherab, avait passé douze années dans des camps de travaux forcés du régime communiste chinois, condamné pour sa pratique fervente du bouddhisme. À sa sortie de prison, il continua son humble vie de nomade et fonda une famille. Thubten Sherab était ce qu’on appelle « un maître caché », n’acceptant que très peu de disciples mais étant hautement respecté pour sa profonde expérience des enseignements. Namkha Rinpoche raconte souvent que son père consacrait le plus clair de son temps à la pratique bouddhique et se mêlait très peu des affaires mondaines. Bien avant l’aube, Thupten Sherab commençait sa longue journée de prières et de méditation. Quelques heures plus tard, vers six heures du matin, il réveillait son fils qui dormait de l’autre côté de leur tente. Le jeune garçon devait alors suivre son père dans ses pratiques matinales, avec beaucoup de difficultés, rapporte-t-il aujourd’hui.
Dans la lignée qui descend directement de Dza Patrül Rinpoche, Thupten Sherab n’était séparé que par un seul maître du célèbre auteur du Chemin de la grande Perfection, ouvrage qui fait toujours référence aujourd’hui. Dza Patrül Rinpoche était sûrement un des détenteurs les plus illustres de la lignée Longchen Nyingthig. Vivant et pratiquant comme un yogi errant, il refusait toute faveur ou confort correspondant à son statut de haut lama et préférait être un exemple vivant de l’humilité prônée par les enseignements. Namkha Rinpoche naquit et grandit à quelques minutes de marche de l’ermitage de Dza Patrül Rinpoche. C’est ainsi qu’il reçut naturellement cette tradition si vivante d’un bouddhisme qui ne se pratique pas dans de prestigieux monastères, mais dans la solitude des grottes et des vallées désertes.

Les trésors spirituels
Plus tard, lorsque Namkha Rinpoche atteignit l’âge adulte, il quitta sa province natale pour rejoindre Lhassa. Dans la région du Kongpo, à proximité de la capitale tibétaine, Namkha Rinpoche rencontra ceux qui allaient devenir ses lamas racines : Semo Dechen Yudrön et Chönyi Rinpoche. Ce couple de lamas enseignaient et guidaient leurs disciples ensemble. Semo Dechen Yudrön était la fille de Düdjom Rinpoche et une éminente détentrice des enseignements de celui-ci. Düdjom Rinpoche était un maître tibétain parmi les plus remarquables du XXe siècle. Il a composé de très nombreux « trésors spirituels ». Ses œuvres, ainsi que celles de son prédécesseur Düdjom Lingpa, forment ce qu’on appelle la lignée du Düdjom Tersar, qui est très réputée pour l’efficacité de ses pratiques et la puissance de ses bénédictions.
A son arrivée auprès de Semo Dechen Yudrön et Chönyi Rinpoche, Namkha Rinpoche fut reçu comme le fils spirituel qu’ils attendaient. Pourtant il était à ce moment-là inconnu dans la région de Lhassa et vivait dans le dénuement le plus complet. Namkha Rinpoche demeura six ans aux côtés de ses maîtres, faisant notamment sous leur guidance la retraite de trois ans et trois mois. Il reçut auprès d’eux la transmission complète de la lignée du Düdjom Tersar, la pratiqua jusqu’à son essence et entretint avec eux la connexion très proche et si particulière du bouddhisme vajrayana qui permet au disciple de réaliser les qualités de son maître spirituel.

Ensuite, décidé à pratiquer seul les enseignements, Namkha Rinpoche accomplit une succession de longs pèlerinages à pied à travers les lieux sacrés du Tibet, s’interrompant souvent pour faire des retraites plus ou moins longues. Un jour, il décida de rester une année entière en retraite sur une minuscule île, au milieu du lac sacré de Namtso Chukmo. Les Tibétains n’ayant alors aucun moyen de se déplacer sur l’eau, on ne pouvait accéder à cet îlot qu’au moment le plus froid de l’hiver, lorsque le lac était complètement gelé. Namkha Rinpoche se munit d’une provision de tsampa (farine d’orge grillé) suffisante pour une année et d’une petite tente, puis il s’installa sur cette petite île, certain de passer une année dans la plus complète solitude. Douze mois plus tard, plongé dans la paix de sa méditation, Rinpoche décida de rester une année de plus, malgré le peu de nourriture qui lui restait. Les conditions dans lesquelles il vécut sa retraite pourraient paraître difficiles voire impossible à supporter pour beaucoup, mais Rinpoche, lui, en parle toujours comme un des moments les plus heureux de son existence.

Après cette longue période de pèlerinages et de retraites (près de sept ans), Namkha Rinpoche s’installa à proximité de Lhassa et commença à y dispenser des enseignements à une relativement grande échelle. Ses activités religieuses, ajoutées à son soutien inconditionnel et public au Dalaï-Lama, lui valurent divers démêlés avec les autorités chinoises et le conduisirent plusieurs fois en prison. Contraint de fuir Lhassa en 1998 en raison des persécutions répétées des autorités chinoises à son égard, il séjourna au Népal et voyagea en Europe, en Asie et aux Etats-Unis, avant de s’installer à Lausanne avec sa famille en 2002.